Karoo de Steve Tesich : chute vertigineuse avec humour corrosif

Ce roman est l’odyssée d’un riche consultant en scénario dans la cinquantaine, Saul « Doc » Karoo, gros fumeur et alcoolique, écrivaillon sans talent séparé de sa femme et traà®nant plusieurs tares émotionnelles. En tant que script doctor pour Hollywood, Saul Karoo mutile et «sauve» le travail des autres.


En tant qu’homme, il applique le même genre de contrôle sournois à  sa vie privée et se délecte de nombreuses névroses très particulières: son incapacité à  se saouler quelle que soit la quantité d’alcool absorbée, sa fuite désespérée devant toute forme d’intimité, ou encore son inaptitude à  maintenir à  flot sa propre subjectivité. Même s’il le voulait, il ne pourrait pas faire les choses correctement, et la plupart du temps, il ne le veut pas.
Jusqu’à  ce qu’une occasion unique se présente à  lui: en visionnant un film, il fait une découverte qui l’incite à  prendre des mesures extravagantes pour essayer, une fois pour toutes, de se racheter.

Si Karoo est bien l’ambitieux portrait d’un homme sans cœur et à  l’esprit tordu, c’est aussi un pur joyau qui raconte une chute vertigineuse avec un humour corrosif. C’est cynique. C’est sans pitié.

« Karoo » est une farce sinistre, désespérée mais « Karoo » c’est aussi un roman réjouissant, grâce à  l’écriture enlevée, percutante, de Steve Kesich, et à  l’humour qu’il y distille, même si c’est un humour… noir !

Karoo est à  l’évidence un grand roman américain, virtuose et saisissant, qui n’a pas eu le succès qu’il méritait de l’autre côté de l’Atlantique. A lire !

Né en 1942 en Serbie, exilé à  Chicago en 1957, mort brutalement en 1996, Steve Tesich fut un romancier, dramaturge et scénariste fréquemment récompensé aux Etats-Unis. Il a notamment reçu l’Oscar 1979 du meilleur scénario pour La Bande des quatre, de Peter Yates. Karoo, son second roman, édité à  titre posthume en 1998, est la première de ses oeuvres à  être publiée en France.