Il y a des livres que l’on ne lit pas forcément pour leur virtuosité littéraire ou pour une intrigue spectaculaire. On les lit parce qu’ils arrivent au bon moment. Parce qu’ils posent simplement une question que l’on évite parfois : qu’est-ce que je fais de ma vie, de mon temps, de mes journées ?
C’est ce que j’ai ressenti avec Encore 25 étés et Le Collectionneur d’instants précieux, deux romans courts de Stephan Schäfer, publiés chez Actes Sud et traduits de l’allemand par Stéphanie Lux.
Ce sont des livres faciles à lire, assez courts, rapides, accessibles. Mais ce serait une erreur de les réduire à des lectures légères. Leur simplicité est justement leur force. Ils ne prennent pas beaucoup de temps, mais ils peuvent laisser une trace.
Deux romans courts, mais pas anodins
Dans Encore 25 étés, le narrateur mène une vie pressée, pleine de tâches, d’obligations, de choses à faire. Une vie efficace, peut-être, mais pas forcément habitée. Sa rencontre avec Karl, un homme plus lent, plus posé, l’amène à regarder son existence autrement.
L’idée centrale est très simple : et s’il ne restait plus qu’un nombre limité d’étés à vivre ? Pas une vie abstraite, pas “plus tard”, pas “quand j’aurai le temps”, mais quelques étés encore. Cette manière de compter le temps rend les choses soudain plus concrètes. Elle oblige à se demander ce que l’on remet sans cesse à demain.
Dans Le Collectionneur d’instants précieux, le point de départ est différent, mais la question rejoint la première. Un accident domestique apparemment banal, une coupure au doigt, entraîne une situation médicale grave. Le narrateur se retrouve brutalement confronté à sa propre fragilité.
Après ce choc, quelque chose change dans sa manière de regarder le quotidien. Ce ne sont plus seulement les grands événements qui comptent, mais les moments minuscules : une présence, une scène familiale, une sensation, un instant que l’on aurait pu laisser passer sans le voir.
Ce que ces livres rappellent
Ces deux romans parlent du temps. Pas du temps au sens théorique, mais du temps vécu : les étés qui passent, les journées que l’on remplit, les proches que l’on croit acquis, les moments ordinaires que l’on ne remarque qu’une fois perdus.
Ils rappellent une chose très simple, presque banale, mais que l’on oublie constamment : la vie n’est pas seulement ce que l’on prépare pour plus tard. Elle est aussi ce qui est déjà là.
C’est pour cela que ces livres peuvent faire du bien. Ils ne donnent pas une leçon de bonheur. Ils ne promettent pas de transformer une vie en quelques pages. Ils agissent plutôt comme une piqûre de rappel. Ils remettent un peu d’ordre dans les priorités.
Selon le moment où on les lit, ils ne produisent d’ailleurs pas le même effet. Dans une période calme, ils peuvent simplement offrir une lecture douce et apaisante. Dans une période de fatigue, de transition, de deuil ou de remise en question, ils peuvent toucher plus profondément.
Une lecture simple, mais utile
Il faut aussi être honnête : ce ne sont pas des romans complexes ou très ambitieux sur le plan formel. Les messages sont clairs, parfois même très directs. Les lecteurs qui cherchent une grande densité littéraire ou une intrigue très travaillée pourront les trouver trop simples.
Mais ce n’est pas forcément un défaut. Leur intérêt est ailleurs. Ils sont faits pour être lus facilement, rapidement, sans effort particulier, tout en ouvrant une réflexion intime. Ils conviennent très bien aux moments où l’on a envie d’un livre court, humain, accessible, qui ne pèse pas mais qui résonne.
Je les conseillerais à ceux qui ont besoin de ralentir un peu. À ceux qui ont l’impression de courir après leurs journées. À ceux qui aiment les livres qui parlent de la vie sans grands discours. À ceux aussi qui lisent moins en ce moment, mais qui veulent retrouver une lecture simple et sensible.
Pourquoi les lire ensemble ?
Réunir Encore 25 étés et Le Collectionneur d’instants précieux dans un même article me semble assez naturel. Les deux livres se répondent. Le premier interroge le temps qui reste. Le second invite à reconnaître les instants précieux pendant qu’ils sont encore là.
L’un demande : combien d’étés ai-je encore devant moi ?
L’autre répond presque : qu’est-ce que je suis capable de voir aujourd’hui ?
C’est cette complémentarité qui les rend intéressants. Ils n’apportent pas une révélation spectaculaire, mais ils reformulent des évidences que l’on a besoin d’entendre régulièrement. Et parfois, c’est exactement ce qu’un livre peut faire de mieux.
